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Villes/Paris/Arts Visuels/CR/29 avril

De NuitDebout
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Débat Art : Commissions : Arts visuels debout / Auteur-e-s debout / Dessin debout / Artistes debout

Grandes lignes + Retranscription complète plus bas


- artistes comme pansements sociaux

- besoin d' 3e espace indépendant

- L’art ce n’est pas seulement les problèmes économiques

- On est tous artistes! Faut aider les gens à penser qu’ils sont tous artistes. Ça peut être un rôle de l’artiste entre autre.

- Les artistes, enfin les gens qui ont le statut d’artistes, L’art contemporain décrit une partie de la réalité du monde de l’art - et exclut d’autre type d’art.

- contemporain est un mot qui est utilisé par les financiers à la base

-le plus important ce n’est pas vraiment d’aller voir les commissions artistiques c’est d’aller voir toutes les autres commissions

-Questions sur le métier d’artiste - Ils sortent de l’école sans savoir comment devenir professionnel

-ne pas paraitre vieux jeu ou rabat joie quand on parle de ces problèmes.

-arriver à se dire "nous nos problèmes c’est ça".

-Il y a un bazar pas possible quand on dit art, culture, on ne sait pas ce qui est l’un. On ne sait même pas ce que les gens disent quand ils le disent, Il y a une commission Mot qu’on peut aller voir.

-on vit tous les mêmes choses : toujours exploités... On vit la même chose qu’un ouvrier.

- Je travaille à perte. je fais mes projets tout seul, je les finance, dans l’espoir qu’on puisse m’exposer, Je ne peux pas travailler pour un employeur, mon travail c’est d’être artiste

-une commission vocabulaire pour les arts - problèmes de définition.

- nous sommes à l’avant-garde de la précarité parce que on a pas d’employeur, on a pas de convention collective, on a pas de salaire qui tombe à la fin du mois.

-Et comme on croit qu’on n’est pas nombreux alors qu’on est des centaines de millier en France. On est surtout très isolé, alors on pense qu’il n’y a pas de problèmes et surtout quand on a pas encore été confronté au problème

- Il faudrait peut être trouver une solution de contournement.

- de fait de l’industrialisation, comment les gens perçoivent l’art et quelle place l’art a dans la société, les gens ne se rendent plus compte de la réelle valeur de l’art

- La diffusion de la culture. Les librairies d’art se réduisent à peau de chagrin aujourd’hui. Pas forcement dans des lieux officiels. Officialiser la culture, c’est aussi officialisé des artistes. La culture soit de plus en plus présente

- Un métier c’est un savoir. énormément d’espaces qui convergent vers le marché et il n’y a pas assez de diffusion qui est désintéressée de ça.

-Pourquoi aujourd’hui c’est Pinault ou Arnaud qui ouvrent les lieux d’art sur Paris?

- il faut montrer aussi les structures qui font des choses bien, et en faire une charte. Et de temps en temps faire des actions pour montrer qu’on est pas complètement soumis -

- FRAAP fait un super boulot.

- la précarité existe même dans les système qui nous emploient (par ex, les galeries)

- proposer une contre exposition, proposer une contre création pourquoi pas une contre approche de l’art officiel ou officialisé ce genre d’actions se fait très vite récupérer.

- nos actions sociales et notre investissement n’a pas à être institutionnalisé, Pour une association, je trouve ça dérangeant, en tant soit même précaire, de devoir lutter contre la précarité en demandant des subventions à l’État.

- Il faut avoir conscience du système, de notre oppression, de ce qu’on n’a pas mais j’ai l’impression qu’on peut construire quelque chose au niveau artistique.

- penser un autre rapport entre artistes et commissaires, se constituer comme un art alternatif

- Sur la Place de la République, j’ai l’impression que c’est un autre art qu’on a en tête , qui est peut être Art-Ecologie ou Art- Société, ARt-Activisme, Art-Démocratie peut être.

- On est pas tous (les commissaires), comme j’ai lu dans un article, un porte monnaie et un carnet d’adresse.

- en tant que société, se constituer en contre pouvoir, beaucoup de choses qui ne se font pas par manque de dialogue.

-intervention : Je n’ai pas l’impression qu’on parle de l’art mais du marché de l’art

- c’est une forme d’art qui doit être remise en question par ce qu’elle sert des intérêts, elle donne lieu à des spéculations énormes. C’est ce qu’on voit le plus

- On a l’espace public.(ni dépendant d’un intermédiaire)

- Notre travail ne peut pas forcement s’adapter à toutes les formes d’expositions. je n’ai pas envie de me résoudre à trouver des biais exposables

- Le principe d’une forme artistique c’est de l’exposer au public dans les meilleures conditions possibles On a pas envie par exemple qu’un travail vidéo se réduise en image dans un livre en disant que c’est de la vidéo

- comment on continue à créer quand on est précaire?

- une responsable m’avait dit que c’était bien que les artistes fassent autre chose pour voir ce que c’est la vraie vie ( mc do)

-passer d’une économie de la culture à une écologie de la culture (business angels )

-s’inspirer du fonctionnement du cinéma. (Taxe prise sur les tickets d’entrée et qui est reversé à la production de film)

-ceux qui font les expositions sont les acteurs publics qui sont déjà déficitaires

-problème de culture et d’éducation. éducation des arts plastiques et de l’histoire de l’art dès qu’on est petit

-le milieu de la photo et il y a des associations qui œuvrent pour la défense des droits des photographes et qui dénoncent auprès des institutions publiques.Dans les associations il y a des juristes, des rencontres

-Il y a des gens qui vivent pendant des années juste grâce à des subventions du CNC et qui ne sortent rien, ni séries. Maintenant on peut faire un film avec un iPhone.

- On avait pas envie d’occuper et d’avoir des artistes contre nous. Désobéissance dans l’art.

- l’artiste sert souvent de modèle social pour une économie libérale : l’idée d’un travail non payé, polyvalent, d’être sur-diplômé, d’être flexible évidemment, travailler le soir, le week-end, pouvoir cumuler les différents emplois. on demande de plus en plus aux employés d’être créatifs, innovants, si ils veulent se faire une place, pour qu’ils soient bien tous en concurrence évidemment.

-Le terme même de concurrence, accepter le moindre concours, c’est accepter une pratique de concurrence.

- la petit industrie peut être intéressant et nécessaire : économie sociale et solidaire, coopérative,AMAP.

-une standardisation de la culture, des médias qui poussent pour qu’on consomme tous le même objet, critiquée par les intellectuels mais acceptée par la culture

-les arts plastiques sont construits en occident sur quelque chose de très individualiste sur une pièce qui est créée par un sujet et qui est perçue par un sujet et qui va donc être conçue dans sa perception, dans son âme intérieure, individuellement.


Retranscription complète :


D : Les thématiques ... Nous nous sommes tous aperçus, pas seulement les artistes mais aussi les commissaires, critiques d’art, etc... centres d’art aussi, qu’il y a une énorme précarité dans notre métier.

Pour citer des faits réels : les contrats sont inexistants; quand ils existent, nous ne sommes pas payés ou bien six mois après. Il y a une loi qui existe sur le droit de représentation qui est appliqué par exemple au Canada. En France, elle n’est jamais appliquée. C’est à dire, un artiste qu’on veut exposer dans un espace, il ne peut même pas réclamer ces droits là parce que de toute façon il y aura toujours quelqu’un qui pourra exposer à sa place. Donc nous sommes toujours soumis à une sorte de pression, de chantage, etc.

A partir de ces constats réels, on a parlé de la responsabilité de l’artiste. Premièrement, l’artiste est responsable de ne pas refuser cette soumission; et la responsabilité des acteurs qui nous mettent dans cette situation. Le problème est donc vaste et énorme, il n’est pas que notre statut économique. Nous ne sommes pas intermittents, nous n’avons même pas ce statut là... La vie d’un artiste c’est faire des résidences, faire des expositions, mais entre deux, il y a le RSA. Mais le RSA c’est pas une vie. Ce n’est pas le cas de tout le monde mais quand on n’a pas la famille derrière, ça peut être ça aussi.

Le second problème, c’est le respect de l’artiste dans son milieu pour ensuite être respecté par la société. Il fait savoir que médiatiquement, on est pas aidé. Les médias mettent toujours en avant l’art comme un objet de luxe, de spéculation alors qu’il y a des gens qui travaillent derrière. Il y a des gens à la base qui écrivent des textes, qui s’occupent de créer une critique, une valeur.

Comment donner des critères pour valoriser ce qu’on fait?

A la suite, il y a deux possibilités : le marché de la finance, le marché de l’art, qui est plutôt une industrialisation, le star system, etc... là je résume mas on va passer le micro à tout le monde pour que tout le monde puisse réagir. L’autre coté ce sont les subventions publiques avec la aussi de sérieux problèmes. Le problème du « grand public » c’est que la politique impose de plus en plus des conditions de travail à l’artiste. Par exemple, il y a de plus en plus de résidence mission. J’ai fait pas mal de résidences, et des résidences magnifiques avec des gens extraordinaires. Et la situation se dégrade parce qu’on ne demande même plus de produire, ou de faire des expositions, on demande juste de faire des ateliers, et juste des pansements sociaux.

C’est à dire de faire des ateliers dans des quartiers sensibles où peut-être la priorité serait de donner des moyens, de nettoyer, remplacer des portes plutôt que de mettre de l’art parce que les gens ne savent même pas pourquoi on est là, qu’est ce que c’est de faire des images et d’avoir une réflexion sur ce qu’est notre société. Donc, il faudrait créer un 3ème espace, indépendant. On a parlé des AMAP, par exemple le modèle agricole, essayer de créer une autonomie par rapport à la finance et le [financement] public.

Ensuite, il y a des détails sur lesquels on peut revenir plus tard. On ne s’en aperçoit pas mais avec tout ce système dans lequel on navigue, on est plus dans l’art mais dans la représentation de l’art. On ne parle plus des choses, on est juste dans la représentation. Pour conclure, ce qui est dur dans nos métiers c’est qu’on est extrêmement divisé. J’ai l’impression que les gens n’osent pas trop parlé de notre situation. Il faut essayer de s’unir pour en finir avec tout ça. Il faut que ça avance.

(Circulation du micro)

S : Concernant les différentes commissions qui se réunissent ce soir, c’est qu’il y a des spécificités dans chacun des domaines de l’art en général. On a abordé ensemble la notion des arts visuels, de l’art contemporain avec ses acteurs, ses statuts, sa précarité, avec Auteurs Debout, on est plus sur les droits d’auteur, comment on travaille par rapport à ça.

La commission Artistes Debout qui sont eux plus des acteurs des arts appliqués, assez grossièrement, des designers graphiques, designer objet, des scénographes, ont un statut qui, à l’inverse des arts visuels, souhaitent devenir indépendants ou freelance pour sortir de l’économie imposée par les grosses structures, les agences de pub, agence de com, etc. Ils ont donc complètement autre chose à défendre qui n’est pas celle que nous avons dans les arts visuels. Pourtant toutes ces commissions parlent de la même chose qui est la précarité et le besoin d’être ensemble et d’agir afin de trouver un modèle existant pour tout. On a conscience qu’il y a un problème commun mais on a tous des spécifiés d’action qui n’empêchent pas qu’on communique tous ensemble ce soir.

D : On va présenter la commission Auteurs Debout.

C : J’ai été à l’initiative de Auteurs Debout et nous nous sommes réuni 3 fois, on est confronté à quelque chose qui me fait réfléchir. A la base, Auteurs Debout n’était pas du tout de parler uniquement du statut des auteurs, du statut d’auteur en tout cas. C’était aussi l’idée qui a émergé plus à travers es textes de Arts Visuels debout... je suis un peu heurtée par le fait que sur la place, les choses sont déjà cloisonnées et ça me parait bizarre parce que Nuit Debout c’est censé décloisonner les choses. Par exemple à Auteurs debout effectivement, on est vraiment perçus comme branchés uniquement sur la question des droits d’auteur alors qu’on a eu que 3 réunions et que le problème dans les arts visuels, dans ce que peut un artiste dans Nuit Debout, ils sont multiples, vastes et hyper nombreux. Pour moi cette réunion est hyper importante dans le sens où je pense qu’il faudrait qu’on arrive à se fédérer et a ne pas être divisé et trouver un moyen que tout le monde est sa place. Je pense pas qu’il faut dire qu’il y aura une commission qui ne sera que dans l’action parce que quand on est dans l’action, on réfléchit aussi et quand on réfléchit, on est aussi dans l’action. Donc cette distinction ne me va pas trop.


(Circulation du micro)

T : La commission Dessin debout a été créée il y a environ 3 semaines. Pour réagir aux cloisonnements dont tu parlais : souvent les commissions ont des objectifs très différents. Par exemple la commission Dessin Debout à la base c’est plutôt un miroir de ce qui se passe à Dessin debout. On invite les gens à venir dessiner et à montrer ce qui se passe sur la place plus qu’avoir une vraie réflexion sur le milieu de l’art actuel - ça n’empêche pas qu’on peut en avoir aussi - mais notre objectif à la base est très différent.

[C : C’est aussi la place de l’artiste dans la société?!]

En fait non, parce que ce ne sont pas des artistes qui viennent sous notre tente pour dessiner tous les soirs.

[D : Du coup vous êtes plus dans l’action?]

Voilà, nous on est un peu la commission action des artistes (rires). Mais effectivement pour revenir aux cloisonnements c’est un peu compliqué quand chaque commission a des objectifs très différents au niveau des fondations mais je pense qu’un rapprochement est possible mais dans l’état actuel des choses, il faut vraiment y penser de façon plus posée plutôt que juste on va créer des fusions immédiates.

S : Je suis un petit peu à la commission Musées debout, sauf qu’on pensait que la commission commencent à 19h... donc je suis arrivé un peu en avance mais il y a d’autre personne de Musées debout qui seront un peu plus informés de ce que l’on fait. Ils vont arriver et on devrait être 4 ou 5.

B : Je voudrais réagir à ce qu’a dit T. (de dessin debout). Je suis de passage sur la place, je ne vais pas tardé à partir. Je fais des dessins sur Nuit Debout. T. a dit qu’au stand de Nuit Debout, ce ne sont pas des artistes qui viennent dessiner et ça m’a vachement surpris. Ca sera ma seule contribution à toutes les discussions et ça rejoint l’histoire des cloisonnements : qu’est ce que c’est qu’un artiste?

Et à mon sens, un artiste, c’est celui qui fait un dessin...bon il y a des gens qui vont gagner leur vie avec, certains plus ou moins. Moi je gagne un petit peu ma vie avec ça et puis à coté je suis obligé de taffer pour arrondir mes fins de mois mais c’est pas le problème... c’est plus un état d’esprit et l’art s’est pas seulement les problèmes économiques que vous avez soulevé et qui sont très intéressants [à aborder] mais il y a aussi l’état d’esprit et je pense que c’est très important dans ce mouvement qu’il y ait un coté artistique.

Hier, pendant la manifestation j’ai vu les super belles création anti-publicitaires, je ne sais pas comment on peut les appeler, qui les mettait à la place des pubs; à la limite que ce soit des artistes professionnels ou pas que l’ait fait c’était très beau. En tout cas, les cloisonnements... on est tous artistes! Faut aider les gens à penser qu’ils sont tous artistes. Ça peut être un rôle de l’artiste entre autre. Et dans les interventions artistiques, faire des choses qui les mettent en position de créer et dans les ateliers, on peut faire de super belles œuvres. Je fais des ateliers BD de créations collectives dans lesquels on peut faire de super beaux trucs. Avec des gens qui participent à un collectif, où on peut créer collectivement et c’est l’esprit Nuit Debout. NG : C’est juste pour réagir à ce que tu dis parce que là, on essaye de partager des problèmes de statuts. Je suis d’accord, hier il y avait des choses magnifiques, l’igloo était très beau, mais ce n’est pas le problème. On est tous ultra précaire et c’est ça qu’on essaye de partager.

N : J’ai l’impression que la question elle se pose aussi parce que les artistes, enfin les gens qui ont le statut d’artistes parce qu’ils gagnent de l’argent, ils utilisent aussi ce statut pour défendre une vision de l’art. Par exemple au début on a réfléchi à la question de l’art contemporain et le mot art contemporain il raconte un peu ça : normalement tous les artistes vivants sont contemporains. Mais en fait l’art contemporain ça décrit une partie de la réalité du monde de l’art - lorsqu’on dit c’est une galerie d’art contemporain, c’est un lieu d’art contemporain - on va parler d’un certain type d’art qui est présent dans ce lieu là et ça veut dire que ça exclut d’autre type d’art. Du coup j’ai l’impression que les deux questions elles risquent de se mélanger aussi. C’est à dire que si on a un statut... ça peut aller dans les deux sens... c’est aussi parce qu’on a des valeurs qu’on partage qu’on peut conquérir un certain statut et qu’on peut ensuite défendre un certain type d’art, qui sera peut être pas l’art contemporain qu’on voit dans les [certaines] galeries.

D : C’est ça le problème, on est invisible parce qu’on est séparé... Il y a le statut de l’artiste... C’est d’autre façon de créer qui ne sont pas nécessairement pour le marché ou les galeries qui ne sont pas visibles. Comment rendre visibles des créations qui sont indépendantes du regard dicté par les lois du marché?

T : Pour revenir un peu sur l’art contemporain, c’est vraiment un mot qui est utilisé par les financiers à la base, on le voit à la FIAC tous les ans. L’art contemporain aujourd’hui c’est juste des gars qui mettent leur fric pour pouvoir le blanchir. Donc maintenant dans un système de convergence des luttes, le plus important ce n’est pas vraiment d’aller voir les commissions artistiques c’est d’aller voir toutes les autres commissions parce que le système ne se règlera pas seulement en disant « nous les artistes ont va se lever et ça va changer le monde » ça marchera jamais comme ça. Il faut d’abord changer le système économique pour pouvoir ensuite changer le système artistique et les deux peuvent marcher en même temps. Mais on peut pas seulement résonner dans un système artistique du genre il n’y a que nous qui allons changer le système.

C : Je ne crois pas que faire une convergence des commissions artistiques signifie qu’on est l’art contre les autres commissions. Par exemple à Auteurs debout, on est déjà allé voir la commission Convergence des luttes pour faire valoir la lutte des artistes. Pareil quand tu fais un atelier où tu invites n’importe qui à dessiner, c’est une manière de faire des passerelles. Moi aussi je fais des ateliers où j’essaye de faire sortir l’artiste en chacun de nous, pour que tout le monde puisse dessiner. Vraiment je crois que quand tu dis que chacun à des objectifs différents, je persiste à dire que ce n’est pas certain. Je pense qu’il y a beaucoup de jeunes artistes qui ne sont pas trop au fait des questions du métier d’artiste - qui déjà sortent de l’école sans savoir comment devenir artiste, comment devenir professionnel - et qui vont se heurter aux problèmes des résidences, au problème de « si tu ne fais pas un art estampillé art contemporain, tu seras moins exposé ». Et comment on pourrait ne pas paraitre vieux jeu ou rabat joie quand on parle de ces problèmes.

N : Nous quand on avait fait la commission arts visuels, on s’est demandé -parce qu’on est arrivé après Auteurs debout - on peut commencer... on avait l’impression d’avoir des problèmes très spécifiques à notre métier. Le monde de l’art contemporain c’est que beaucoup de gens accepte de travailler gratuitement, les contrats ont disparu en galerie, il y a un star system de fou... il y avait une quantité de problèmes. Tu parles à n’importe quel artiste dit contemporain il va comprendre tout de suite même si après c’est difficile d’en parler, d’échanger sur ces questions là.

C’est un truc de Nuit Debout qui est bien aussi c’est que tu peux venir sur la place et lancer un truc pour aussi se dire est ce qu’on peut commencer à constituer... arriver à se dire, nous nos problèmes c’est ça. A partir de ca, on peut commencer à connecter et même ) ajouter des choses par rapport aux autres commissions. En plus ça peut être intéressant que les personnes puissent passer d’un groupe à l’autre et ne réclame pas un espace en disant « je suis la commission machin ». On s’en fiche d’être une commission, l’important c’est qu’on sorte des problèmes, qu’on arrive à formuler des propositions et ensuite, quand on sait un peu ce que chacun fait, pouvoir créer des relations, partager des trucs, faire des actions ensemble. Il y a un bazar pas possible quand on dit art, culture, on ne sait pas ce qui est l’un : il y a quelqu’un qui m’a dit hier soir « Non si on ne sépare pas l’art de la culture, tout va mal » et je ne comprenais pas du tout ce qu’elle voulait dire. Je soupçonne assez ce genre de discours d’être assez pourri.

On ne sait même pas ce que les gens disent quand ils le disent. Je pense qu’on va être confronté à ce problème là si nos commissions durent et dirent. Il y a une commission Mot qu’on peut aller voir éventuellement, ça peut être une chose drôle de réfléchir la dessus, pour être clair, pas pour prendre un pouvoir mais s’organiser de manière à ce que chacun exprime ce qu’il fait.

? : Point technique. Il y a des gens de Musées debout qui sont en train de réunir le maximum de gens possible autour de art/culture. Peu importe la catégorie dans laquelle on est, tout les artistes sont confrontés par des prismes particulier à des problèmes communs. Tout ce qui est lié aux problèmes de la création, de l’exposition et de la médiation, ça on l’a tous, d’une façon ou d’une autre. Que ça soit à travers les institutions, les éditeurs, les producteurs, on a tous le même problème. Alors certes on dépend tous d’un économie de la culture qui est ce qu’elle est, on a tous envie de dépasser ça et de proposer quelque chose mais de toute manière, les points de convergences pour moi ils sont évidents!

N : Les artistes ne sont pas payés tandis que les autres si. Vous allez dans un FRAC, tout le monde est payé sauf les artistes, c’est quand même pas exactement le même problème.

T. : Sur le principe j’étais plutôt d’accord avec Musées Debout. A la base je suis étudiant en BD et je voudrais parler un peu du milieu de la BD. On a eu des États Généraux, qui se sont créés il y a deux ans et qui a lieu tous les ans à Angoulême pour débattre du statut de l’auteur de BD qui est actuellement catastrophique. Je pense que les problématiques sont les mêmes que ce soit auteurs, artistes... on vit tous les mêmes choses : toujours exploités... On vit la même chose qu’un ouvrier, pas dans la même mesure mais voilà, on peut pas faire de distinctions.

A. (jeune artiste plasticien) : En l’occurrence, moi je travaille à perte. Étant encore étudiant, j’ai un statut qui me couvre encore pendant un an. Mais je travaille à perte, je fais mes projets tout seul, je les finance, dans l’espoir qu’on puisse m’exposer via des résidences, via des expositions publiques je préfèrerais... Mais du coup je travaille à perte. Je ne peux pas travailler pour un employeur, c’est vraiment un statut que je considère comme précaire. Le RSA je vais l’avoir bientôt... Il n’y a que ça qui m’attend pour le moment. Je ne peux pas faire autrement. Je n’ai pas un statut de quelqu’un qui est à la fois dans la création mais qui est aussi technicien, qui peut répondre à une commande, parce que mon travail c’est d’être artiste et j’ai ma propre pratique, j’ai mes propres médiums. Ce n’est pas relatif à une demande et ça s’est très spécifique aux arts visuels : il faut qu’on le précise. (Intervention blocage du camion de logistique)

D. : Il y a aussi les problèmes de définition. J’ai vu qu’il y a une commission hyper intéressante qui vient de se créer et qui s’appelle Commission Vocabulaire. Et c’est super parce qu’ils ont commencé à redéfinir ce que c’est que la démocratie, la république, la politique : des mots très importants. Et je me demande si on pourrait faire une commission vocabulaire pour les arts parce qu’il y a beaucoup de choses à redéfinir; il y a beaucoup de mots qui sont utilisés à tort et à travers, à toutes les sauces possibles et on ne comprend plus rien. En discutant avec une amie photographe hier, elle disait que l’art, c’était de faire des images, simplement. On fait des images depuis la nuit des temps. Le monde existe par des images et tout le monde fait des images tout les jours... On donne une vision de ce qu’on voit.

C. : Il y a aussi des artistes qui partagent aussi beaucoup de chose avec nous, ce sont les écrivains. Auteurs Debout, la spécificité qu’on a c’est qu’on rassemble des Auteurs : des chorégraphes, des compositeurs, des scénaristes... il n’y a pas que des images. Ce que tu dis par rapport aux ouvriers, c’est peut être parce que tu n’as pas encore été confronté à la question de comment tu allais monter ton statut mais quand tu sors de l’école - et ce n’est pas pour minimiser ce qui se passe pour les ouvriers car il y a dans la société un système général qui fait qu’on écrase ceux qui n’ont pas le pouvoir - mais nous, on est quelque part à l’avant garde de la précarité parce que on a pas d’employeur, on a pas de convention collective, on a pas de salaire qui tombe à la fin du mois. L’administration qui est censée nous renseigner ne connait pas notre statut et souvent nous induit en erreur, ce qui fait qu’on va payer énormément, beaucoup plus que ce qu’on devrait. Quand on touche le RSA, ce qui est le cas de nombreux artistes, on est confronté à des choses toute bête par exemple en tant qu’artiste, on te plafonne tes revenus et on te dit que tu n’as pas le droit aux APL. C’est con mais quand tu es au RSA, tu as besoin des APL.

Et ce sont des choses qui ne concernent que les artistes. Et comme on croit qu’on n’est pas nombreux et qu’on est des centaines de millier en France, et qu’on est surtout très isolé, alors on pense qu’il n’y a pas de problèmes et surtout quand on a pas encore été confronté au problème. Une fois en face de ça, on est dans une telle merde, qu’on ne sait pas vers qui se tourner, qu’on est encore plus isolé, qu’on a honte d’en parler. Les artistes qui ont percé, ce n’est plus leur problème parce qu’il trouve des solutions pour contourner le problème. Donc il y a vraiment une importance à converger et à trouver des ponts entre nous.

S. : Dans ce que tu viens de dire, il y a une notion qu’on avait abordé la dernière fois c’est que si on va contre le système qui nous emploie, du coup qui nous emploie? On a discuté par exemple de la possibilité de réaliser une action lors du Salon de Montrouge. Alors oui... sauf que si on fait une action, les artistes exposés dans le Salon et qui voudraient aussi dénoncer le Salon ne vont pas se manifester. C’est un peu « ne mords pas la main qui te nourrit », c’est un peu ça. On veut sortir de la précarité mais si on sort de cette précarité, on se retrouve nous entre précaires à se demander ce qu’on fait. Doit-on faire des expositions gratuitement et sans budget? Je pense que c’est un problème central aussi important que le fait de se dire que si on ne travaille pas un jour, un mois, un an, on a pas d’argent sur tout ce temps là. Il faudrait peut être trouver une solution de contournement.


Artisan (reliure) et musicien : Je fais les marchés pour montrer ce que je fais au public et je remarque que les gens dévalorisent les différentes choses qui sont sur le marché, de fait de l’industrialisation. Au supermarché on trouve des cahiers à 3€, moi quand je fais des livres, je m’applique, je prends du temps pour les faire, je recherche des matériaux; du coup si je vends un livre à 20, 40, 70€, les gens pensent qu’il vaut 10€. Et moi, je ne peux pas le vendre 10€ lors que j’ai passé 40heures dessus. Et je me pose la question de comment les gens perçoivent l’art et quelle place l’art a dans la société. Souvent, on dit être artiste c’est facile, c’est la vie de bohème, alors que c’est un travail à part entière comme tout autre travail qu’on a choisi. Et je pense que l’art a vraiment une place importante dans la société, de réflexion. Et je pense que l’industrialisation de l’art poubelle qui est vendu à la télé, les gens ne se rendent plus compte de la réelle valeur de l’art et il n’y a plus ce soutien aux artistes qui font partie d’une société. Il y a un manque de soutien et de financement de la part des autres membres de la société qui ne reconnait pas forcement la place de ce travail là. Et également un manque de la part du gouvernement qui ne met plus de moyen pour aider les festivals, pour aider des compagnies de théâtre.

N : Sur le gouvernement, j’ai appris qu’on était le 4ème producteur d’arme et sous Hollande, on est passé 2ème. Donc on sait où est passé l’argent.

S : Tout à l’heure on parlait de définition et il y a une question que je me suis posée en me disant que les personnes dans la société qui ne sont pas au courant de ce que vivent les artistes dans le quotidien, comment faire prendre conscience à ces gens là qu’on a une importance.

Dire je suis artiste et je n’arrive pas à manger à la fin du mois, est ce qu’on va comprendre de quoi on parle? J’avais émis une hypothèse d’explication qui pouvait être de créer un effet domino : partir de si la création artistique s’écroule, qu’est ce qui dans le quotidien de tout un chacun peut s’écrouler? Sinon c’est relativement immatériel de dire si moi en tant qu’artiste j’arrête de travailler, ça ne va rien produire sur le quotidien des gens donc c’est compliqué de prendre position par rapport à ça... Éditeur (revue culturelle, Musées Debout) : pour reprendre ce que tu viens de dire, c’est avant tout la diffusion de la culture qu’il faut réfléchir. Parce que aller le dimanche au Palais de Tokyo, ça concerne les parisiens. Et la culture elle est (elle doit être) hors Paris et là c’est un débat un peu entre soi...

La province malheureusement n’a pas le Palais de Tokyo et n’a pas ce genre d’activités etc. Donc c’est surtout la diffusion de la culture. Quand je précisais que j’étais éditeur, c’est parce que moi j’ai avant tout besoin des artistes pour faire les livres, des auteurs, des peintres, etc. Et mon problème, c’est que j’ai de plus en plus de mal à le faire - et je travaille pour une grande maison d’édition - parce qu’il n’y a pas la diffusion de cette culture là. On ne trouve plus les livres, les librairies d’art se réduisent à peau de chagrin aujourd’hui.

La télévision et la radio, à part faire de la culture de promo, ils ne savent pas faire grand chose. Ce que je voudrais vous inciter, parce qu’il y a pas mal d’artistes, c’est surtout diffuser votre travail et le diffuser c’est pas forcement dans des lieux officiels. Officialiser la culture, c’est aussi officialisé des artistes et c’est le principe depuis toujours : il y a ceux qui vont réussir et être reprit par le marché et ceux qui vont crever la faim. Donc peut être que des initiatives personnelles de monter des expositions comme on le fait à Musées Debout mais peut être dans les rues, etc. peuvent être aussi un moyen de faire en sorte que la culture soit de plus en plus présente.

Parce qu’on est d’accord que la culture, chaque fois qu’il se passe quelque chose, c’est le premier mot que l’on prononce : après ce qu’on a subi [Charlie Hebdo?Les attentats?] à Paris, c’est la culture est importante et le monde entier est d’accord pour dire que la culture est une source inépuisable et essentielle de notre civilisation mais concrètement, y a t-il un homme politique qui a mis dans son programme la culture? Personne... Donc c’est peut être ça qu’il faut réfléchir, c’est la diffusion de la culture.

C. : Je voulais juste répondre à l’idée - je ne sais pas si c’est une proposition - si les artistes arrêtaient de produire ou arrêtaient de diffuser... nous à Auteurs Debout quand on a fait notre réunion, il y a un intermittent qui était là et justement il a été question de rejoindre la grève d’hier ou pas et ce n’était pas possible pour tout le monde parce qu’il y en a certains qui travaillaient ce jour-là. Et il a proposé, afin il a rappelé que pour la dernière lutte des intermittents la question c’était posée aussi et la solution qui avait été trouvée c’était de sur-jouer, sur-produire, sur-faire. Après je ne pense pas que ce ne soit que la diffusion le problème parce que les artistes ont du mal à être diffusés et c’est pas parce qu’ils ne le veulent pas qu’ils ne le sont pas, c’est qu’ils ont eux même du mal. Et aussi, c’est difficile de produire, puisqu’on produit à perte donc il faut avoir le temps et l’argent pour produire. Et quand on a pas d’argent, il faut qu’on aille travailler donc on a plus le temps de produire.

D. : Je pense qu’on a clairement un problème de diffusion mais on a aussi un problème d’espace et de temps et ça ce n’est pas juste à Paris... C’est clairement l’artiste doit manger, on est humain, c’est pas on créée et puis voilà. Le temps de production pour certaines œuvres est très long et il faut le temps de réfléchir à ces œuvres et je crois qu’il y a une méconnaissance du métier d’artiste : est ce que c’est un métier?

Je trouve que c’est assez méprisé comme statut. Et pour moi un métier c’est un savoir et dire qu’être artiste n’est pas un métier, c’est dire qu’il n’a aucun savoir, que les artistes ne connaissent rien. Pourtant on fabrique la culture. Concernant le problème de diffusion... il y a énormément d’espace qui convergent vers le marché et il n’y a pas assez de diffusion qui est désintéressé de ça. Ce sont des espaces qui ne sont pas valorisés, que l’on entend pas. De quelle manière peut-on diffuser autrement l’art et se rendre visible au grand public sans passer ni par les médias, ni par le marché.

D. : Concernant la question de la diffusion et du fait que les artistes ne se montrent pas assez, je pense que c’est un peu mal voir les choses et pénaliser les artistes alors qu’il y a beaucoup de tentatives et de réussite qui sont faites en Province, ailleurs de Paris et j’en viens. A mon avis ce qui pêche c’est du point de vue des politiques publiques et du statut d’artistes, de commissaire, de critique, de petits centres d’art, de petits lieux alternatifs (qui devrait peut être devenir une norme?) qui disparaissent, qui perdent leurs subventions à cause des mairies, à cause des fonds régionaux qui disparaissent car ce n’est pas une priorité pour les dirigeants. Intervenant : Ça ne serait pas plus simple d’aller manifester devant les banques? Là on aurait un impact. Goldman Sachs par exemple. Ce sont eux qui imposent les lois au gouvernement. Mais c’est mon avis.

N. : Après dans le milieu de l’art, on a nos propres spécimens. Dans le milieu de l’art le pouvoir est fou, c’est une vrai pyramide... une fois j’entendais dans une conférence, un collectionneur hyper riche qui a ouvert La Maison Rouge, qui disait « nous en tant que petit collectionneur » - alors que c’est déjà un énorme collectionneur! - « on ne peut rien faire ». Ce qu’il sous entendait et que j’ai compris c’est que Pinault, Arnaud, et autres statures, contrôlaient le marché. Donc même ce qui pour moi était le haut de la pyramide, était contrôlé par un plus haut sur la pyramide.

Pour répondre à ta question, ça serait intéressant qu’il y ait des mobilisations des artistes contre ces figures là, avec des alliances possibles avec ces petits collectionneurs là qui pour moi sont déjà des gens très riche et capitaliste mais qui en fait eux mêmes ont des intérêts convergents avec nous parce qu’ils sont complètement écrasés à leur niveau. Moi je veux bien aller manifester, je sais pas, à la Fondation LVMH? Peut être que c’est négatif cette fondation. Pinault va ouvrir à la Bourse du Commerce à Paris, il a récupéré ce lieu là.

Est ce que c’est bien? Pourquoi aujourd’hui c’est Pinault ou Arnaud qui ouvrent les lieux d’art sur Paris?

Je pense que ça serait intéressant que les artistes rejoignent d’autres luttes mais aussi qu’ils commencent à avoir une sorte de conscience de leurs propre problèmes et en faire quelque chose de positif. On a eu cette discussion avec une personne du groupe Économie Solidaire de l’Art qui disait qu’il faut montrer aussi les structures qui font des choses bien, et en faire une charte. Et de temps en temps faire des actions pour montrer qu’on est pas complètement soumis à ces pouvoirs là.

C. : Pour rebondir sur ce que disait D. , dans les petites structures vertueuses, il y a un réseau qui s’appelle la FRAAP. Elle a ses rencontres à Limoges mi-mai et ça peut être un endroit pour discuter de tout ça parce que la FRAAP fait un super boulot. A Auteurs Debout, il y avait des gens de la FRAAP mais je pense qu’il y a une question de neutralité - je ne peux pas parler à leur place - mais tant que ça n’a pas... comme ils représentent plein de monde, ça doit être difficile... Donc la FRAAP c’est la Fédération des Réseaux et Associations d’Artistes Plasticiens qui regroupent souvent des artistes qui sont aussi diffuseurs. Ils sont donc du coté des diffuseurs mais comme ce sont les artistes qui se diffusent eux même, ils ont créée des chartes, ils ont fait des études...

S. : Je vais remonter un peu dans la discussion mais je pense que dans notre combat, il ne faut pas oublier que la précarité existe même dans les système qui nous emploient et « qui ne nous payent pas ». Par exemple il y a beaucoup de galerie qui sont très précaires et qui sont à Paris ou ailleurs, il y a beaucoup de musée précaire et qui continuent à lutter avec des maigres subventions. Les collectionneurs c’est autre chose parce que comme tu disais, un petit collectionneur précaire, à part des actes de soutien individuel... Je pense qu’il faut rallier ces gens qui eux génèrent de l’argent mais qui restent quand même dans la précarité.

Il y a des galeries qui veulent montrer et soutenir leurs artistes, qui font tout pour que leurs artistes continuent à exposer et à vendre leurs pièces et qui eux aussi roulent à perte complètement, ne se dégagent pas de salaire. Ils font une foire à Paris ou à l’étranger et ça leur bouffe tout ce qu’ils ont gagné dans l’année. Il ne faut pas oublier d’inviter à ce débat des gens qui travaillent avec nous.

G. (musées debout): On a déjà parlé et réfléchi de notre coté à ces sujets là et une des questions qu’on peut poser, on peut même interpeller la Mairie de Paris : Anne Hidalgo met à disposition de François Pinault la Bourse du Commerce et ça va participer au rayonnement de Paris, on peut entendre ce type d’argumenter mais par ailleurs qu’est ce qu’elle fait pour la création à Paris? Qu’est ce qu’elle fait pour les musées de la ville de Paris? C’est ce qui est éventuellement choquant. On assiste donc à une privatisation de l’espace urbain par la ville de Paris au profit d’un certain nombre de personne issue du secteur privé et c’est à Nuit Debout qu’on reproche de privatisé l’espace public.

Le discours est assez surprenant de la part de l’actuelle Maire de Paris. La seconde chose par rapport à la fondation Louis Vuitton puisqu’on en a parlé aussi : avec un collectif d’artiste, se mettre dans le jardin et proposer une contre exposition, proposer une contre création pourquoi pas une contre approche de l’art officiel ou officialisé qui y est montré. C’est quelque chose de pacifique et qui s’inscrit comme un contre pouvoir et montre qu’il y a un autre art possible, qu’il y a un lieu de l’art possible et un autre rapport aux institutions privées ou publiques. Apportez nous d’autres idées, on est là pour les partager.

D. : Pour rebondir sur l’idée de la contre exposition, j’ai participé en tant qu’assistant d’artiste à la Documenta 13 et ça fait partie des choses qui avaient été mises en place. On est quand même dans un milieu très compliqué où très vite, ce genre d’actions se fait très vite récupérer. Pour contextualiser un peu, en face du bâtiment principal de la Documenta, dans un jardin, il y a avait plein d’artistes qui étaient venus et qui avaient construit une sorte de contre-exposition. La curatrice principale s’est emparée de ça tout de suite et a dit que ça faisait parti du programme. Elle l’a revendiqué comme faisant parti des choses... Et ensuite ça a coulé...

(Inaudible, en off)

G. : On est pas obligé de se laisser faire et de se laisser accaparer. Ce qui est intéressant c’est que ça fait réagir l’institution et qu’il y a une pénétration du contre pouvoir au sein même de l’institution. ça peut être vu comme de la récupération, ça peut aussi secouer l’institution. En tout cas, je pense qu’il faut vraiment multiplier ce genre d’actions.

D. : Justement en parlant de ça, je suis allée hier au Centre Pompidou. Il y a en ce moment une exposition dans le cadre du festival Hors pistes qui s’appelle « L ‘art de la révolte ». Ca m’a franchement choqué parce que c’est clairement de la récupération de la révolte. Parmi les choses qui m’ont choqué, c’est qu’il y a au sous-sol des militants et une voix qui annonce « si vous souhaitez parler à des militants... ». Ils sont trois a être présents : un qui milite pour les sans- papiers... Et j’ai pris la fuite. Les institutions esthétisent la révolte par des artistes qui documentent et accompagnent la révolte. Ils reprennent les codes de ce qu’ils voient : on a une barricade, mais propre, jolie, etc. J’étais révoltée de voir ce qu’était la révolte pour un musée! J’ai une proposition qui est sérieuse - pour les artistes - c’est d’aller un soir à une conférence et de l’occuper pour montrer ce qu’est une révolte.

? : Je voulais dire une chose. C’est d’abord la récupération ultra rapide de la révolte et la deuxième sur M. Pinault. Sur la récupération de la révolte, il y a eu un technival en Tchécoslovaquie qui a été ultra matraqué par la police. Il y a eu des photos de prises de gens ensanglantés. Trois jours après, dans la ville, il y a avait des pubs 3x4m « Buvez la bière des émotions fortes » qui représentaient un mec ensanglanté entouré de deux flics qui venait de se faire taper trois jours avant... Les gens ont été totalement stupéfaits de la rapidité de la pub à utiliser un évènement qui avait choqué. Le même jour quand j’étais dans la capital de la Tchécoslovaquie, il y avait des manifs pour libérer les prisonniers enfermés à la suite de ce technival.

Deuxième chose, Pinault, on vient de parler de ce lieu que la Mairie de Paris vient d’offrir. Il y a un autre vice encore plus grave : il s’agit du Bois de Boulogne, un espace inconstructible qui doit rester de la verdure pour la promenade des habitants d’une ville où on manque de verdure. Et bien M. Arnaud a obtenu à l’Assemblée Nationale, genre à 3h du matin, quand il n’y avait plus beaucoup de députés, une dérogation pour avoir le droit de construire son musée d’art moderne. Ca s’est passé dans des conditions hallucinantes, je crois que ça avait été révélé à l’époque par Le Canard Enchainé, mais regardez bien sur internet, il y a plein de traces. Comment Arnaud (correction par N. pendant la commission puisque annoncé Pinault). Pinault et Arnaud, les frères ennemis, font absolument la même chose, ils sont sur le même créneau de l’inutilité, c’est à dire du luxe et pour moi ce sont des gens absolument nuisibles. Ils me terrorisent...

S. : Je voulais ajouter quelque chose concernant la récupération et de l’institutionnalisation. J’ai travaillé cette année dans une association et on a répondu à un appel à projet des « Contrats de ville », outil mis en place par les intercommunalités et l’État, qui finance des projets qui proposent des actions dans les quartiers prioritaires. Donc on a des subventions, qui sont parfois importantes, pour mener des projets, notamment sur l’accès à la culture des publics éloignés - c’est quelque chose qu’on lit souvent - mais aussi sur la surveillance des quartiers, axe qui est assez perturbant pour une association. Tout ça pour dire qu’une des forces de Nuit Debout c’est justement de pouvoir mener des actions qui ne nécessitent pas de soutiens publics et de subventions car nos actions sociales et notre investissement n’a pas à être institutionnalisé car nous n’avons pas besoin d’argent pour faire tourner une association ou une quelconque structure. Il faut vraiment faire des actions citoyennes et des actions individuelles dans l’espace public et qui nous appartiennent et qui ne sont pas récupérées par quoi que ce soit. Pour une association, je trouve ça dérangeant, en tant soit même précaire, de devoir lutter contre la précarité en demandant des subventions à l’État.

N. : Juste pour ajouter une chose concernant un système oppressif ou des choses qu’on dénonce. Je pense qu’il faut aussi se positionner sur nous. On peut construire quelque chose ici [à République] qui est pas que par rapport à eux [les acteurs qu’on dénonce]. Il faut avoir conscience du système, de notre oppression, de ce qu’on n’a pas mais j’ai l’impression qu’on peut construire quelque chose au niveau artistique.

Je fais juste une parenthèse. Je suis artiste et il y a une chose que je trouve bizarre, ce sont les commissaires d’exposition dans l’art. C’est une chose qui s’est professionnalisé récemment et qui existait depuis longtemps pour les artiste morts [les conservateurs?] et maintenant ça existe pour les artistes vivants. Les commissaires choisissent des artistes partout dans le monde et ils font une exposition. Dans l’art c’est très violent.

Mais les commissaires ont une chose que les artistes ont perdu, ils ont une capacité de synthèse et d’analyse de l’art que beaucoup de jeunes artistes ne revendiquent plus : ils manient les mots, les concepts, ils ont fat d’autres études que les artistes et les artistes aujourd’hui ont envie de faire leurs œuvres. Du coup les artistes ne prêtent plus attention à l’idée qu’on organise l’art à un niveau international en regroupant des artistes et en créant des discours. Je pense que cette chose là peut être importante pour Nuit Debout, c’est qu’on peut penser un autre rapport entre artistes et commissaires, en prenant en compte la force des commissaires pour comprendre et synthétiser l’art, élaborer des théories et penser des choses qui restent, pas seulement des actions mais aussi se constituer comme un art alternatif à l’art qui est dominant actuellement. Sinon, même si on est solidaire entre nous, le pouvoir est très fort et nous attire avec le star-system et ensuite on ne sait pas qui fait quel art.

L’art post-moderne, qui est au Palais de Tokyo on va dire, a créé des configuration comme Art-Luxe, ARt- Technologie, maintenant Internet et le post Internet. Sur la Place de la République, j’ai l’impression que c’est un autre art qu’on a en tête , qui est peut être Art-Ecologie ou Art- Société, ARt-Activisme, Art-Démocratie peut être. Ca peut être intéressant que les commissaires nous aident à formaliser ça, parce que c’est leur job je pense.

S. : Je suis commissaire d’exposition. Pour expliquer rapidement, j’organise des expositions en travaillant avec des artistes pour mettre en avant une thématique, une problématique, un problème social, une esthétique parfois. Il y a une chose qui me tient à cœur et je pense que c’est quelque chose qui n’est pas mis en avant puisque qu’on est un micro réseau dans un micro réseau, c’est que travailler avec des artistes, c’est avant tout une rencontre - et c’est comme un acte militant qui pourtant est assez logique. En tant que commissaire et non plasticienne, je ne matérialise pas mes idées plastiquement et je vais travailler avec ce ou ces artistes en l’accompagnant pour que quelque chose émerge à deux. Je ne me sens pas supérieur aux artistes, je ne fais pas autorité. Je pense que cette position de commissaire autoritaire, il faut aussi la déconstruire car ce n’est pas la réalité.

Il y a tout de même une majorité de commissaire qui ne sont pas là pour instrumentaliser les artistes et se faire de l’argent sur leur dos. Et justement quand on veut être dans une pratique différente - et c’est une discussion qu’on a entre jeunes commissaires - si on veut pratique un commissariat assez neutre et travailler sur des vraies propositions, on est aussi précaire voir plus que des artistes car on est pas à la Maison des Artistes, on est pas à l’Agessa si on écrit pas assez, et du coup, c’est d’autant plus compliqué qu’on a rien à montrer (physiquement parlant) donc on existe que grâce aux artistes. En tant que commissaire je tiens à militer pour les artistes car si les artistes n’ont pas une situation confortable, je ne peux pas travailler non plus.

On est pas tous, comme j’ai lu dans un article, un porte monnaie et un carnet d’adresse.

G. : C’est aussi un problème de terminologie, particulière et connotée, un peu comme conservateur. Les anglo-saxons ont un seul terme pour ça : curator. et de plus en plus on voit se développer le terme de curateur, qui est quand même plus positif : celui qui soigne, qui s’occupe de.

Il y a un gros problème de contre-pouvoir. Le fait que Pinault ou Arnaud achètent des œuvres pour les valoriser, c’est un comportement assez logique. Le problème c’est quand leur politique [d’acquisition] dicte la politique des institutions publiques. C’est un problème car l’institution publique ne fait plus contre-pouvoir, ne fait plus poche de résistance, ne fait plus de contre proposition à un discours qui devient scientifique et dicté par une vision capitaliste de l’art.

Ce contre pouvoir n’est pas uniquement bilatéral, ou univoque parfois c’est le marché qui l’exerce. C’est le marché qui a fait sortir les impressionnistes, qui a soutenu les avant-gardes. Le contre pouvoir doit s’exercer parfois contre l’institution publique pour proposer d’autre proposition. Et le grand absent, hormis l’Etat qui ne fait plus contre-pouvoir, c’est la critique, ceux qui vont aux expositions, au foire d’art contemporain ou d’art ancien.

On peut aussi, en tant que société, se constituer en contre pouvoir et ça passe d’abord par une appropriation du patrimoine ancien et contemporain, par une appropriation des expositions et ne pas laisser le terrain à ceux qui l’occupe. Le problème c’est que la culture à un coût, le prix d’entrée aux musées et aux foires, mais c’est n terrain qu’il faut occuper. Et il y a peut-être un moyen de créer un réseau de galeries militantes pour faire avec eux un commissariat nouveau d’un autre type. Il y a beaucoup d’intérêts convergents et il y a beaucoup de choses qui ne se font pas par manque de dialogue.

Intervention : Je n’ai pas l’impression qu’on parle de l’art mais du marché de l’art et ça me dérange beaucoup. On parle de forme d’art qui sont aujourd’hui marchandisées et qui donne lieu à des spéculations énormes. J’habite en province et je vois aussi comment il y a une récupération politique et économique de l’art et de l’art contemporain particulièrement, avec des expositions ou des oeuvres d’art sur la place publique qui coûtent extrêmement chères et qui sont complètement déconnectées des formes d’art populaire ou de formes culturelles de la ville ou des habitants de manière générale.

Je trouve qu’il y a un décalage. Vous parliez des Arts et là j’ai l’impression que vous parlez de commissaires, de marché, de Pinault. Pour moi, c’est une forme d’art qui doit être remise en question par ce qu’elle sert des intérêts, elle donne lieu à des spéculations énormes, avec des cotation surréalistes en terme de prix, je me demandais donc quel était le sujet.

Intervention : Par rapport à la diffusion, j’ai trouvé une alternative. On a l’espace public. Je suis sculpteur et je fais de la sculpture depuis 5 ans dans la rue et ça marche bien parce que je suis confronté directement au public et les gens aiment l’art. Après il y a une forme de précarité mais je ne suis ni dépendant d’un intermédiaire et j’ai une super satisfaction à avoir un rapport direct avec les gens. Je pense que l’espace public pour l’instant c’est la meilleure galerie. Avant de vouloir rentrer dans des structures formatées et pour éviter ce coté super élitiste de l’accès à l’art.

D. : On est là depuis 18h30 et on a parlé d’énormément de chose. On parle beaucoup du marché de l’art parce que c’est eux qui dominent l’esthétique contemporaine. C’est ce qu’on voit le plus. On a donc commencé à décortiquer ces choses là mais on peut aborder d’autres sujets.

C. : Au début, l’idée de cette réunion c’était une intercommission Culture avec Arts Visuels Debout, Auteurs Debout, Dessin Debout, Artistes Debout, qui se sont créées sur la place et effectivement j’ai l’impression que c’est devenu la rencontre Art Visuel parce que on a du mal à faire travailler ensemble toutes les commissions.

D. : Dans ce cas là, est ce que vous avez des questions?

A. : J’ai une petite remarque. En tant qu’artiste, notre travail ne peut pas forcement s’adapter à toutes les formes d’expositions. Moi l’espace de la rue ne me convient pas du tout mais je suis très content que ça convienne à certains de façon pérenne mais ce n’est pas mon cas. Et occuper un jardin public pour faire une contre exposition pourrait me correspondre pour un temps donné en tant qu’activiste pourquoi pas mais en tant qu’artiste, je n’ai pas envie de me résoudre à trouver des biais exposables qui ne correspondent pas à la pleine expression de mon travail.

(en off : c’est quoi la pleine expression de ton travail?)

Je fais des installations, de la vidéo, de la performance, ça change, c’est variable, je travaille sur des recherches, je suis en même temps chercheur et je ne peux pas m’arrêter sur une forme qui va réduire le propos de mon travail. Le principe d’une forme artistique c’est de l’exposer au public dans les meilleures conditions possibles pour que ça puisse divulguer la meilleure chose possible. On a pas envie par exemple qu’un travail vidéo se réduise en image dans un livre en disant que c’est de la vidéo. Il faut respecter ce que l’artiste veut montrer à la base dans les formes les plus libres possibles. Je voudrais mettre en garde avec cette questions de médium ou de format, je suis tout à fait conscient qu’il faut trouver des formes pour agir, mais il faut aussi penser que les formes artistiques ne peuvent pas non plus être réductibles par tous les moyens.

D. : En fait il y a plusieurs formes d’expositions, places possibles (publiques, dans le marché de l’art, etc.) ce qui domine c’est le marché. On commençait à parler de précarité et notre problème c’est comment on continue à créer quand on est précaire et à cause de ce marché là - la spéculation - l’argent ne revient pas dans les caisses. Donc nous on ne peut plus créer et être visibles et l’objectif c’est d’être visible à nouveau et de prendre notre place.

S. : J’essayais de réfléchir à ce qui est le point commun entre toutes les commissions qui sont réunies aujourd’hui et peut être qu’un des sujet de discussion ce serait comment résister aux propositions d’utiliser le temps de création, ne pas valoriser un temps de travail à son juste titre et du coup faire du travail gratuitement ou accepter des conditions de travail... Il y a des appels d’offres aberrantes pour les graphistes du type concours où cinq personnes font une proposition et la meilleure est publiée sur facebook. Et ce sont des modèles qui, d’un commun accord, sont à refuser et qu’est ce qu’on fait contre l’idée qui reste qu’il y a toujours quelqu’un qui va accepter après nous si on dit non. Il y a peut être des personnes qui peuvent prendre la parole sur ces conditions là de précarité de travail, de précarité dans la demande, comment sont formulées les choses, ce qu’on attend de nous, qu’est ce que c’est notre vrai travail?

D. : Est-ce qu’il y a des écrivains? des critiques? des graphistes?

G. : Il y a une loi qui est passée pour rendre obligatoire la rémunération des stages. Ca ne se fait pas dans l’administration publique. Au Louvre, on peut avoir des stagiaires qu’on ne rémunère pas. N. : Petit point technique, le groupe Économie Solidaire de l’Art publiait les appels à projet. Comme ils avaient 5000 suiveurs sur facebook, c’est une petite manière de les mettre sur la place publique et c’est vrai qu’après ça produit des discussions et ça créé un cercle vertueux par ce que en dénonçant, on refuse d’accepter le même type de projet. On pourrait le faire aussi entre nous, ça peut être une manière de savoir ce qui se passe chez les graphistes, de publier et de se montrer les choses, de partager ces choses là pour comprendre les conditions de vie. A Économie Solidaire de l’art, ils publiant les appels à projets où les artistes n’étaient pas rémunérés. Au début on en voit un et puis quand on en voit 10, on se dit qu’il y a un problème.

S. : Je viens de penser à quelque chose, qui regroupe deux choses. Un moyen d’action, et on a toutes les forces pour le faire, pourrait être quelque chose comme le blog « Mon graphiste était maçon » [correction : mon maçon était illustrateur / http://monmacon.tumblr.com] qui est génial et hilarant dans le coté dépression. On a des graphistes, des bédéastes, des artistes plasticiens, et dénoncer les choses comme ça. Parce que je parlais tout à l’heure de l’effet domino... mais ce blog là par exemple... il y avait quelque chose qui m’avait vraiment frapper c’était l’exemple de 5 maçons à qui on demandait de construire une maison sans être payé et à la fin, le commanditaire choisit la meilleure maison. Quand on réfléchit comme ça, on se rend compte que ça ne peut pas marche comme ça. On a d’autre chose à apprendre des autres, même ceux qui ne sont pas des créatifs pour réfléchir au statut, à comment se fédérer, à comment trouver des solutions. Il faut s’allier à des juristes, à des entrepreneurs, à des start-up qui ont un modèle assez nouveau et qui arrivent à mettre des choses en place.

Concernant la dénonciation, il faudrait commencer à mettre dans la tête des gens des comportements qui nous choquent sous forme de dessins, de badges, il y a eu aussi l’idée de mettre des choses dans les boites aux lettres de ses voisins. Ce sont des petites actions mais qui peuvent marquer l’opinion.


N : Dans un FRAC, une responsable m’avait dit que c’était bien que les artistes fassent autre chose pour voir ce que c’est la vraie vie. C’était bien qu’on aille travailler chez McDo, etc. Ce qui suppose que elle voyait la vraie vie dans son FRAC et que nous, on voit pas la vraie vie.

G. : Pour rebondir sur ce que je disais, une des idées qui a émergé lors de nos discussion étaient qu’il fallait passer d’une économie de la culture à une écologie de la culture. Ca peut paraitre un slogan mais j’ai un exemple très précis pour compléter ce que tu disais à l’instant : mon frère a monté une entreprise écologique et il a pleins de business angels qui le contacte et qui lui propose de financer des projets de recherches, des choses comme ça et à mon avis, il y en a un sur 10 qui fonctionne et il y en à 9 qui plantent. Il y a aussi une forme de philanthropie qui existe, qui se manifeste pour l’écologie parce que ça a réussi à être mis à l’agenda politique mais qui pourrait tout à fait se manifester pour la culture. Il faut simplement le formaliser dans des termes compréhensibles par la société actuelle et la culture est quand même hyper cloisonnée et on est en train de crever de cet isolement.

N. : C’est sur qu’il y a des choses à trouver dans le privé même si ça ne m’enthousiasme pas mais c’est bizarre d’exclure ce coté là. Une des propositions qu’on avait eu dans le groupe Arts Visuels c’était de s’inspirer du fonctionnement du cinéma. Je ne sais pas si il y a quelqu’un qui peut expliquer? Cette histoire de financement du CNC qui fonctionne bien.

Apparemment il y a une taxe prise sur les tickets d’entrée et qui est reversé à la production de film. Pour l’art, on pourrait avoir un fond de soutien qui pourrait être fait de la même façon. Il y a plein d’expo, les gens vont voir les expos est ce que sur les billets d’entrée on prend une petit partie et il sert à nourrir la production : ça peut être les artistes, les commissaires, les critiques, vraiment les gens qui font qu’il y a de l’art et qui sont les plus précarisés.

G. : Il y a un problème avec ce système, c’est que souvent ceux qui font les expositions sont les acteurs publics qui sont déjà déficitaires... alors que le cinéma c’est un secteur en partie subventionné mais qui fonctionne comme un marché indépendant quand même donc je suis pas sur que ça soit transposable aussi facilement mais il y a peut être des choses à imaginer.

[en off : les ventes aux enchères, voilà... le fond de soutien viendrait des seconde reventes, de ce marché de revente]

Sur la taxation du marché de l’art? Ça risque d’avoir comme conséquence l’appauvrissement du marché de l’art à Paris au profit de Londres, de New-York et c’est déjà ce qu’on voit actuellement sans ce type de système donc ça déplace le problème. C’est le problème de l’optimisation fiscale... Tout le problème est un problème général, ça s’est clair mais à court termes, les effets attendus ne seront pas atteints.


D. : Je dirais aussi qu’il y a un problème de culture et d’éducation. Je suis italienne et j’avais des cours d’histoire de l’art quand j’étais petite et quand je rencontre des gens en Italie, l’artiste, ils ne le traitent pas de chômeur. En France, je suis chômeuse... c’est juste une remarque. Il y a un problème dans l’éducation des arts plastiques et de l’histoire de l’art dès qu’on est petit avec une vision de l’art comme un loisir. On est un hobby... on est pas un métier.

G. : Comme les loisirs c’est pour les riches, et que les riches ont les moyens et bien il y a toute une partie de la population qui pense que ce n’est pas pour eux. Intervenante : Tu parlais tout à l’heure des groupes de graphistes qui devraient s’unir parce qu’il y a des appels à projets qui proposent absolument rien mis à part une petite mise en avant. Ça existe ce type d’union. Malheureusement on a l’impression que ça n’existe pas. Moi je travaille dans le milieu de la photo et il y a des associations qui œuvrent pour la défense des droits des photographes et qui dénoncent auprès des institutions publiques.

Comme solution pour les concours, ce qu’on fait dans le milieu de la photo c’est qu’on établit des barèmes qui sont reconnus par l’Etat et que une fois que les photographes fixent leur prix, évidemment, on dit toujours que c’est trop cher, on essaye d’appuyer ça par des barèmes. Et effectivement il y a toujours des photographes qui baissent leur prix... Dans les associations il y a des juristes, des rencontres pour essayer de faire en sorte que les jeunes les plus motivés ne soient pas totalement dégouter de leur profession au bout de 2 ans. La où je travaille, c’est l’Union des Photographes Professionnels, il y a des société de défense des droits d’auteurs comme la SAIF (http://www.saif.fr).

Il faut juste faire la démarche d’y aller et ils manquent de jeunes parce que ça va plus vite de se faire un statut d’autoentrepreneur en une semaine et de ne jamais atteindre ses 32000€ mais c’est pas viable sur du long terme. Intervenant : Il faut faire attention à ce qu’il n’y ait pas de professionnalisation des artistes. Par exemple vous parliez du CNC. Je connais un petit peu car je suis scénariste. Il y a des gens qui vivent pendant des années juste grâce à des subventions du CNC et qui ne sortent rien, ni séries ni film et ça pose un gros problème.

Sur le point des artistes qui doivent voir la vraie vie, je me souviens d’une interview de Coppola qui disait que dans le futur, par rapport au cinéma, avec tous les moyens techniques, maintenant on peut faire un film avec un iPhone finalement, pourquoi avoir des scénaristes à temps plein qui gagnent leur vie comme ça. En fait une personne qui travaille au McDo, une personne qui est cadre chez Bouygues, peut faire son film et on a vu des exemples de long métrage qui sont fait avec trois francs six sous avec des iPhone et qui marchent très bien. Et les mecs qui ont mis 3, 4, 5 ans pour faire leur film et du coup ils ont une énergie, du coup ils conviennent à ce que cherche le marché et le public... il y avait deux cas en France il y a 2, 3 ans.

N.: J’ai l’impression que tu dis professionnalisation et corporation. J’ai l’impression que ce n’est pas la même chose. Ce que tu décris c’est une corporation. Moi j’ai l’impression d’être professionnel, ça a un statut juridique, les artistes ont même pas ça. Alors que par contre ce que tu décris ça peut être des formes de corporation : entre soi, maitrise d’un objet technique, accès à l’argent. Intervenante : Je viens de Biblio Debout et on a raté la commission parce qu’on a aidé le camion de logistique à décharger. Je ne sais pas où vous en êtes pour faire des actions intercommissions surtout pour créer une commission Culture. Nous en tous les cas ça nous intéresse beaucoup. Pour créer une unité et faire plus d’activités concrètes sur Nuit Debout sur la place.

D. : On est réunit là toutes les commissions parce qu’on voudrait créer une commission globale... Art Culture... il faut discuter de comment on s’organise. Tout à l’heure je parlais avec C. de Auteurs Debout et on s’est dit qu’on pourrait faire une commission globale avec un mail pour qu’on puisse communiquer tous ensemble et avec aussi des sous commissions pour les problèmes spécifiques pour chaque métier puis ramifier et faire des liens.

Intervenante : Il faudrait faire quelque chose : est ce qu’on pourrait définir un mail tout de suite? [S’en suit une discussion sur la définition du mail et quel terme global utilisé] Choix : intercommissions@gmail.com

mdp : intercommission

N : Est ce que dimanche (1er mai) on manifeste ensemble? [Décision majoritaire : envoi du lieu de rdv et de l’heure pour la manifestation sur l’adresse commune] Intervenant : Je trouve qu’il y a quelque chose qui n’est pas assez utilisé, c’est la notion de boycott. Pas de manière idiote et débile mais ciblée. Le seul moyen de toucher ces gens là c’est au porte monnaie, sinon on ne les touchera nul part On parlait tout à l’heure des commissions du CNC et on vient de ce milieu. Sincèrement c’est pas joli ce qui se passe dans ces commissions parce que ça stagne et beaucoup de gens n’y ont pas accès.

N : Par rapport à l’action de boycott, il y a aussi changé de banque. A Nuit Debout ils ont dit combien de personne était à la Nef (banque éthique : https://www.lanef.com) et il y avait 2 personnes sur 2000 ce soir là. La Nef c’est une banque qui était pendant longtemps associative et qui est devenu une banque il y a un an et qui finance uniquement des projets souvent écologique, qui rachète des terres. Donc on sait que l’argent qu’on met là, on es sur de ce qu’on soutient... regardez sur le site de la Nef, tous les projets sont listés sur lesquels ils ont investis. C’est la seul banque qui fait ça. Sans compter que moi je suis à La Poste par exemple, il y a des postiers qui ont témoigné, dès qu’ils font un jour de grève, ils se font foutre dehors! Donc il y a aussi la politique sociale de ce type de banque qui entre en compte. Sinon niveau action... boycott? on pense aussi à occuper un lieu.

D. : Proposition d’action de boycott : ce mercredi, il y a le vernissage au Salon de Montrouge. On avait pas envie d’occuper et d’avoir des artistes contre nous. C’est plutôt les informer qu’on est là sur la place. La proposition d’action c’est de distribuer des stickers et on aimerait que des gens viennent avec nous pour le faire. Et ça serait Artistes Debout et désobéissance dans l’art. C’est encore possible de désobéir et ne pas passer son temps à envoyer des dossiers pour revenir dans le marché.

Intervenant : Pour rebondir sur le lien Art / Culture, on voit que on subit la culture et on subit l’art. On voit dans la publicité et les affiches que n’importe quelle personne subit autant à la télé que dans les médias, journaux et autres... Ce qui serait intéressant serait de revendiquer ces choses quotidiennes, ces choses qui nous entoure avec justement des stickers à mettre sur les affiches pour dire que c’est nous qui les avons créer. De revendiquer en disant que grâce à nous vous pouvez avec accès à ça. Jouer sur la communication... Plus sur les affiches culturelles que celles industrielles ou commerciales. On avait eu l’idée avec des copains du milieu du cinéma d’animation de créer des stickers et de les coller sur des choses qui touchent à ce qu’on fait de manière plus concrète...

N. : J’essaye de comprendre votre idée parce que ça a l’air intéressant. Ça m’a donné une autre idée. Souvent je remarque dans les affiches qu’il y a une reprise d’œuvres d’art parfois complètement implicite. Il y a la pub pour le whisky ou la vodka où ça peut être parodié mais à Montreuil par exemple, il y avait une tong avec la ville dans la tong et c’est une œuvre d’art qui est à Pompidou.

[Pas de référence]. Cela pourrait être marrant si on retrouve les œuvres qui ont été utilisées, parce qu’avec internet ça va vite, et on peut mettre la référence avec un mot genre « où est passé le droit d’auteur? », qui peut être aussi dénonciatif, les artistes nourrissent la publicité. Intervenant : Il y a beaucoup de forum qui s’intéresse à ça. Il y a une histoire de parfum qui vient de Pipilotti Rist, l’artiste ORLAN qui a fait un procès à Lady Gaga il y a deux ans. Il y a des trucs de Matthew Barney qui ont été retrouvés dans des pubs, ça arrive très souvent en art plastique, en musique. Ca se trouve très facilement.

N. : C’était pas forcement pour défendre l’artiste mais aussi pour dire que l’artiste sont « complices » des pires merdes dans la pub. Il y a aussi une responsabilité de l’artiste là dessus.

Intervenant : A mon avis cette responsabilité de l’artiste elle est à une plus large échelle dans le sens où l’artiste sert souvent de modèle social pour une économie libérale : l’idée d’un travail non payé, polyvalent, d’être sur-diplômé, d’être flexible évidemment, travailler le soir, le week-end, pouvoir cumuler les différents emplois. Ce sont des choses qui ont été analysées par un sociologue qui s’appelle Menger [Pierre-Michel Menger, Sociologie du travail créateur]. Le modèle d'entrepreneuriat de l’artiste sert de modèle aux boites qui ensuite deviennent plus grande sous prétexte que c’est la liberté, la flexibilité...Et bien sur la créativité! on demande de plus en plus aux employés d’être créatifs, innovants, si ils veulent se faire une place, pour qu’ils soient bien tous en concurrence évidemment.

D. : J’ai un problème avec le mot concurrence. Pour moi la concurrence entre artistes n’existe pas. On nous monte les uns contre les autres alors qu’on crée tous des choses différentes.

S. : Je pense que la concurrence elle est aussi cultivée par ce qu’on disait tout à l’heure. En tant qu’artiste on a une pratique unique, on a une singularité et tout ce système d’appel à projet, de concours, etc. nous rendent remplaçables. Si on dit qu’on accepte pas les conditions et qu’on prend celui d’après, ça met forcement en concurrence.

N : Je me souviens d’une actrice, la sœur de Deneuve, qui avait dit « je ne suis pas en concurrence avec ma sœur ». On est pas en concurrence les uns avec les autres. C’est toi qui décide. J’ai déjà refusé des expos, les 27 autres ont accepté et voilà. Intervenant : Concurrence peut être pas au sens symbolique mais économique du terme tout simplement. Pour vivre, il faut bien avoir de l’argent qui rentre. On ne parlait pas de se tirer les pattes entre artistes juste penser que le système nous met en concurrence, économiquement parlant.

N : Je pense qu’il faut vraiment penser qu’on a chacun sa place. J’en ai parlé avec un japonais, c’est vraiment vous dans votre monde qui pensez il faut se battre pour une place et philosophiquement, on a chacun notre place.

D. : On revient au problème de l’éducation qui nous apprend à être en concurrence. Donc on sort de l’école et il faut être en concurrence. C’est pour ça que je proposais une action à Montrouge parce que ça nous met directement en concurrence et c’est hyper féroce. Comment tu choisis parmi 5000 dossiers, que tu regardes une image par seconde, toi tu passes je sais pas combien d’heure à faire une image et un jury regarde 12 sec une image.

Je suis vraiment pour être visible maintenant pour dénoncer cette chose là de la concurrence et c’est encore plus grave parce que ça bouffe tout notre tissu social, relationnel, humain en tant qu’artiste. Intervenant : Le terme même de concurrence, accepter le moindre concours, c’est accepter une pratique de concurrence. Là où il faut agir, c’est sur les pratiques. Il y a des pratiques à ne pas accepter et sous aucun prétexte. On ne s’en fout pas quand l’autre accepte, on ne s’en fout pas de la pratique qu’il accepte. Il faut pratiquer le fait qu’on refuse certaines choses mais également surveiller que d’autres n’acceptent pas comme ça, mais pas en leur faisant la moral. Il s’agit de parler, de communiquer, pour dire que ce n’est pas convenable et les mettre face à ce qu’ils continuent à accepter.

Intervenant : Dans le cinéma, on apprend dès le début que c’est une industrie et je pense que dans les différents domaines artistiques depuis les années 60 c’est ce qu’on a vu les œuvres se vendent très bien. On parle tous avec des esprits d’artistes libres mais on oublie qu’il y a tout un coté industriel derrière et qu’il y a tout un coté finance, on doit vivre de ces choses là. Donc à un moment donné, peut être que cette image de l’artiste complètement borderline et qui est extérieur à tout ça, il faudrait au contraire le prendre de front et trouver une manière artistique de le gérer. Ça veut dire une nouvelle manière, innovante; j’ai l’impression qu’il y a une césure entre les paroles et les actes par rapport à cette notion d’industrie.

N. : L’art contemporain est en train ou est déjà devenu une industrie culturelle donc il faut se le dire et prendre position. Par contre je ne suis pas dans la fatalité de me dire que je dois devenir un entrepreneur parce que je suis dans une industrie. Il y a le monde de l’économie sociale et solidaire, en dehors de l’art, il me plait beaucoup et je pense que ça peut être un modèle pour les artistes qui diraient que la grosse industrie - la petit industrie peut être intéressant et nécessaire - ne leur convient pas. Le monde de l’économie sociale et solidaire permet ça. Il y a des usines de palettes en France qui sont sous forme de coopérative. Et ça marche, ça donne des perspectives d’emploi à des gens. Il y a aussi les AMAP.

Du coup dans l’art, on aurait un terrain d’invention qui pourrait contrer l'entrepreneuriat. Dans cet espace là, il y aurait beaucoup à prendre pour s’inspirer et construire un modèle économique. Intervenant : Je suis totalement d’accord avec ce que tu dis. Je vois les archi [architecte], c’est aussi une forme d’art, se penche beaucoup sur cette question de recréer le tissu social et notamment grâce aux réseaux sociaux, grâce à internet. Et on a tendance à oublier que l’art est censé créer ce tissu social, lié toutes les classes, etc. J’ai beaucoup d’amis aux Beaux-Arts, dans l’art il y a un tissu social qui s’est rompu entre des personnes qui peuvent avoir accès à la culture et les autre qui ne l’ont pas. C’est peut être là qu’est notre mission, que ce soit sur le plan économique, sur le plan local, c’est à dire chaque région, car il y a des choses géniales qu’on ne doit pas perdre, artistiques notamment qui sont liées à leur passé. Et on ne lutte pas assez pour ça. Il faut revoir l’art comme vecteur de tissu social, de dialogue entre les gens. L’art c’est à la base l’esprit critique et pas l’égo de l’artiste.

D. : Je suis d’accord et pas d’accord. Cette définition de l’industrie culturelle qui apparait en 1947 avec Adorno et Horkheimer, qui va vers une standardisation de la culture, avec des lieux d’expositions qui sont des white cube, qui sont tous les mêmes, avec des médias qui poussent pour qu’on consomme tous le même objet, a été vraiment très critiquée après guerre. D’un autre coté, elle a été critiquée par les intellectuels mais acceptée par la culture aujourd’hui. C’est pour ça qu’aujourd’hui on fait le distinguo entre culture et art. La preuve en est qu’aujourd’hui on fait rentrer dans le domaine culturel des champs que ne sont parfois plus du tout artistique ou bien alors par la bande artistique : la mode, le jeu vidéo, la publicité... On a même un ministère qui s’appelle Ministère de la Culture et de la Communication.

Ce que je veux dire l’art visuel, l’art qui relie les gens, je voudrais rappeler que les arts plastiques sont construits en occident sur quelque chose de très individualiste sur une pièce qui est créée par un sujet et qui est perçue par un sujet et qui va donc être conçue dans sa perception, dans son âme intérieure, individuellement. A un tel point que certains artistes des années 60 ont dit que le but de l’art contemporain était d’isoler les gens, c’est Allan Kaprow qui disait ça.

Cette idée d’un art, pour les arts visuels, qui relierait les gens ça me semble assez difficile et à l’encontre même de ce qui a fait notre éducation artistique. A l’inverse, dans des champs comme la musique ou la danse, le rapport œuvre/spectateur est complètement différent - on danse ensemble, on écoute ensemble. Mais les arts visuels, en tout cas depuis la reproduction très développer sont devenu de plus en plus individualiste. Les artistes en pâtissent et participent de ça aussi à mon avis. Mais c’est en quelque sorte la structure, le paradigme qui existe entre une œuvre et un spectateur dans une exposition qui créée ce coté individualiste des arts visuels.

Intervenant : L’art s’éloigne du réel de plus en plus et s’éloigne de notre condition. Et il y a une vraie difficulté pour les jeunes qui arrivent là dedans, qu’on essaye d’éloigner au plus possible des questions réelles. Je pense que ça serait bien de créer un courant puisqu’on a vu des courants se créer continuellement. Quelque chose qui ramène les gens vers le réel, on parle de l’écologie, ça peut jeter intéressant que l’art ramène l’humain au réel.

D. : Il y a une conférence en ce moment à Varsovie sur le post-art (Do we live in postartistic times? usology roundtable/ friday, april 29, 2016, 5:00 pm / museum of modern art in Warsaw / http:// artmuseum.pl/en/wydarzenia/czy-zyjemy-w-postartystycznych-czasach-konwent-uzytkologiczny). C’est l’art après l’art et l’art dans la vie. Il a aussi une phrase de Robert Filliou qui dit « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art ».

D. : Je ne sais pas si revenir à Flexus est la meilleure solution. J’aimerais juste nuancer les propos sur l’individualisation de l’artiste. Ça fait quoi à un écrivain si on lui dit qu’écrire est un acte individuel? Est-ce que c’est pas la solution pour faire des œuvres intéressantes? J’ai un peu l’impression que c’est cet écho symbolique.

S. : Petit point technique, il est 21h. On a décidé tout à l’heure de créer l’Intercommission avec un mail commun qui s’appelle intercommissions@gmail.com. Cet espace nous permettra de communiquer tous ensemble afin de poursuivre nos discussions. On a parlé aussi d’aller à la manifestation ensemble dimanche. Il faudrait réfléchir à des actions concrètes : on a parlé d’aller à Montrouge mais c’est spécifique à l’arts visuels. Comment on discute? Comment on amène les choses? Si on veut mener des actions à Nuit Debout, il faut passer par la commission Animation pour les informer de ce qu’on fait.

D. : Demain il y a le rendez-vous Arts Visuels Debout entre 17h et 19h.